« J’aime voir le regard admiratif des gens quand ils me regardent danser avec mon fauteuil »

« J’aime voir le regard admiratif des gens quand ils me regardent danser avec mon fauteuil »

Le 8 octobre est la journée nationale de l’accessibilité et le 9 octobre la journée mondiale du handicap. Pour l’occasion, trois résidentes de la Maison Sainte Germaine (Paris) et Sœur Soledad, Sœur Hospitalière, témoignent.

 

Chantal Petit (70 ans) et Martine Biay (63 ans) connaissent bien la Maison Sainte Germaine, elles y sont arrivées enfant. L’une à 8 ans en 1955, et la deuxième à 13 ans en 1968. En effet, à ses origines, la Maison Sainte Germaine, créée par Saint Benoît Menni, fondateur de la Congrégation des Sœurs Hospitalières, accueillait les jeunes orphelines en situation de handicap. Depuis 1974, l’établissement est devenu un foyer de vie, ainsi qu’un service d’accueil médicalisé en 2015, pour adultes (hommes ou femmes) et accueille aujourd’hui 79 résidents.

Carole Salawi, quant à elle, est arrivée en 2009, à l’âge de 42 ans. Toutes les 3 sont atteintes d’Infirmité Motrice Cérébrale (IMC ou paralysie cérébrale) depuis la naissance.

« Ce n’est pas parce que je suis handicapée que je ne suis pas heureuse » commence Chantal, « Nous avons bien sûr nos blessures, comme tout le monde, il y a en effet des choses que nous ne pouvons pas faire, mais il en existe d’autres qui nous font vivre ». Carole rajoute « oui, ici nous avons une vie normale, on nous accompagne, on nous écoute, que ce soit le personnel, les animatrices, bénévoles ou les sœurs. Dans mon ancien centre j’étais livrée à moi-même, mais ici ce n’est pas le cas ». Chantal acquiesce « Les Sœurs sont très présentes avec le personnel, elles nous apprennent à être autonomes, nous accompagnent dans tous les gestes de la vie quotidienne, que ce soit pour pousser nos fauteuils roulants, nous aider à manger ou même pour les ateliers ! On chante, on tricote, on peint, on danse même ! Je ne veux pas quitter la Maison Sainte Germaine car elle est devenue ma famille ».

Martine attend pour donner son avis. Son arrivée a été plus dure pour elle. « Jeune, je n’acceptais pas mon handicap, je voulais être indépendante, partir, je ne voulais pas vivre dans un foyer, entourée de personnes handicapées. Puis ma vision a changé, les sœurs Hospitalières, entre autre, m’ont aiguillée et aidée, j’ai appris à accepter mon handicap grâce à mon nouvel entourage, j’ai appris en fait à aimer ma vie. Mon handicap ne m’empêche pas de vivre, je peux prendre le train seule ! Je fais d’ailleurs partie d’une troupe de théâtre et j’aime voir le regard admiratif des gens quand ils me regardent danser et jouer avec mon fauteuil lors des représentations. C’est sûr, certains aspects de ma vie me gênent toujours, j’aimerais conduire une voiture par exemple, mais ce qu’il faut retenir de nous : nous avons une vie normale et nous sommes loin d’être malheureuses ! ».

« Je confirme », répond Sœur Soledad, « quand je suis arrivée en tant que Sœur Hospitalière il y a de nombreuses années, j’ai été impressionnée par la joie de vivre des résidentes. Elles sont actives, ont de nombreux amis, nous les stimulons bien sûr avec différentes activités, mais elles sont toujours motivées. En résumé, ce sont elles qui m’ont transmis la joie de vivre ! ».